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Pablo PICASSOLes Femmes d’Alger, d’après DELACROIX 14 février 1955 Peint à l’huile sur une toile de 114 x 146 cm, l’original appartient à la Collection Sally Ganz Eugène DELACROIX, Femmes d’Alger dans leur appartement, 1834, huile sur toile de 180 x 229 cm, acquis par Le Louvre au Salon de 1834. Si le contexte politique est important pour les deux peintres avec la conquête de l’Algérie engagée par la France en 1830 et la guerre d’Algérie éclatée en 1954. Si la ressemblance est frappante entre la jeune femme au narguilé, accroupie sur la droite du tableau de DELACROIX et Jacqueline, celle qui vient d’engager sa vie pour prendre soin de PICASSO vieillissant. Ce sont d’abord les égales audaces créatrices des deux peintres qui nous valent ces deux toiles. Au moment où se tient à Paris, au Grand Palais, l’exposition Picasso et les Maîtres (jusqu’au 2 février), cette étude, présentée chez Fleur à Ully-Saint Georges permet d’apercevoir comment Picasso utilise les moyens qu’il a inventés dans une libre relecture d’une œuvre d’un de ses plus illustres prédécesseurs. Le sort des femmes faisait partie des prétextes de la conquête de 1830, en 1955, Picasso leur rend un véritable hommage et, dans sa composition, donne une place de princesse étincelante de couleurs à sa Jacqueline qui trône sur toute la hauteur de la toile. L’éclat des couleurs vives était déjà la préoccupation de Delacroix, après Matisse et les Fauves, Picasso en fait disparaître ici toute la grisaille. Il garde la profusion décorative mais il en élargit l’impact visuel : ce ne sont plus des tapis aux motifs à peine lisibles mais des surfaces aux puissants hachurages et quadrillages. L’espace est également élargi et plus généreusement éclairé. Picasso est un maître affranchi de la contrainte du réel donné par l’instantané « photographique ». Le mouvement pittoresque de la servante noire à l’équilibre incertain du tableau de Delacroix est devenu le moteur central d’une mécanique en mouvement jusqu’au démesurément long bras au bout duquel une petite théière déverse son liquide sur les doigts de pied du nu bleu… En dépit d’une part d’abstraction apparente plus développée, la nouvelle « mise en scène » de Picasso fait la même part du mouvement et de l’immobile avec davantage de fantaisie et d’humour. Daniel MARY |