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Henri MATISSE 1869 - 1954

Nature morte aux oranges,1913

L’original, peint à l’huile sur une toile de 94 x 83 cm, appartenait à la collection personnelle de Pablo PICASSO qui l’avait acquise en 1944 auprès d’un collectionneur ; ses successeurs en ont fait don au Louvre, Paris.

Peinte au Maroc dans une lumière puissante, cette “nature morte” n’a rien de commun avec la tradition des œuvres anciennes qui étaient essentiellement des vanités rappelant la fugacité de la vie : dans le fruit apparaisait le vers qui allait causer sa... Ni fruit gâté ni fleur en train de se faner ici mais des couleurs pures dont les complémentaires s’opposent : le bleu à l’orange, le jaune au violet, le rouge au vert. Un maximum de “fraîcheur” est donné aux fruits dans la corbeille centrale dont les couleurs éclatantes sont renforcées par des traits noirs qui ajoutent et la précision des limites et le rythme dans la variété des orientations. La transparence des fruits s’oppose à la richesse complexe des superpositions de couleurs dans le reste du tableau. La perspective de la nappe posée sur une sorte de caisse rouge est contredite par l’égalité des lumières qu’elle réfléchit au point de paraître plate, de se poursuivre dans le “rose” derrière les “barreaux” comme le rouge de la caisse dans les barreaux eux-mêmes et l’ombre juste au-dessus de la partie gauche de la corbeille…

Toutes ces surfaces peintes ont une texture savoureuse, proposent une lecture variée quand l’œil passe de l’une à l’autre. On peut suivre une couleur ou une orientation de ligne, déguster les rapports entre le transparent et le velouté, remarquer l’opposition entre courbes et droites, les modulations de nuances à l’intérieur d’une même surface colorée. Étonnamment “présent”, le tableau séduit, reste toujours agréable à regarder, suffisamment complexe pour intriguer encore lorsqu’on l’a vu longtemps, aussi “inusable” qu’une œuvre du Moyen-Âge.

Daniel MARY


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