Henri MATISSE
Le violoniste à la fenêtre, Nice (hiver 1917-1918)

L’original
appartient au Musée National d’Art Moderne de Paris. Peint à
l’huile sur toile, il mesure 150 x 98 cm.
Grâce à
l’hospitalité de Monsieur MAILLARD, une de ses vitrines en accueille
une copie à l’acrylique exécutée pour Monsieur Roger DESCHAMPS-BERGER
lorsqu’il était Principal du Collège Romain-Rolland de Mouy,
aujourd’hui Président de l’A.R.T.
Henri MATISSE a
déjà plus de 35 ans lorsqu’il se fait remarquer au Salon
d’Automne de 1905. Il y expose, avec DERAIN et leurs amis, des toiles
où les teintes normalement grisées dans la nature sont remplacées des
couleurs les plus pures possibles. C’est un scandale et un critique
les qualifie alors de FAUVES. Il poursuit ses recherches et devient,
avec PICASSO, une des principales figures de la première moitié du
20e siècle.
Peint au cours de
la guerre, Le Violoniste à la fenêtre n’est pas une toile
« fauve ». MATISSE n’en prend pas moins de liberté pour autant avec la
réalité que l’on aurait pu photographier. Non seulement les couleurs
ne sont pas naturelles mais le plan du sol et son décor évoquant un carrelage
évitent la mise en perspective pour s’aplatir voire se relever de
l’horizontale à la verticale. En dépit des obliques des pieds de
l’embrasure de fenêtre et des battants de volets intérieurs, toutes
les surfaces sont plates à l’exception du dos et des jambes du
violoniste modelés avec légèreté.
Le dos a
d’ailleurs une forme curieuse qui rappelle étonnamment celle
d’un violon autant par son galbe que par son contour. Par cette
association, le musicien « fait corps » avec son instrument. MATISSE était
lui-même violoniste et passait au moins une heure à jouer, chaque jour,
avant de peindre, beaucoup de temps, trop, au point de se sentir obligé de
renoncer à cette pratique à partir de 1920. Le violon est aussi très présent
dans ses œuvres importantes de l’époque. Il y a une réelle parenté
entre cette toile-ci et une partition de musique, une page écrite avec son
thème, le parallélisme de l’accompagnement, toutes ces lignes
horizontales scandées par quelques verticales.
Le thème de la
fenêtre revient souvent aussi dans les tableaux de MATISSE avec tout ce qui
s’y rattache de passage entre l’extérieur et
l’intérieur. Ici, on a en plus la sensation que le peintre
s’est peint lui-même (alors que l’on sait qu’il a
demandé à son fils de poser comme en témoigne une grande étude au fusain
conservée au Musée Matisse du Cateau). On ne voit pas son visage, on voit
peut de l’extérieur, on voit peu de l’intérieur mais cette mise
en scène témoigne de cette qualité de la musique d’apaiser…les
formes et les couleurs.
Daniel MARY