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Odile POURTETCouché de soleil ,1993 Acrylique sur toile, 150 x 150, propriété de l’auteur Le lieu de l'émotion est le même que Souvenir qui vient d’être exposé ici… Vers Ully-Saint Georges, je roule au fond de la vallée après Blaincourt et avant les 4 routes. C'est l’automne. Les labours sont frais. La terre est riche de reliefs et de reflets irisés par la lumière rasante d’un soleil qui se couche derrière le plateau. En revanche, le temps de l’élaboration est plus compliqué. Même quand je ne peins pas, je suis en train de peindre. Je viens de quitter le lycée, la pensée fourmillant encore de mon dernier cours de connaissances des arts sur des œuvres impressionnistes, je vois des MONET, des PISSARRO, des CÉZANNE partout. Par réaction, je n’ai aucune envie d'un paysage avec la sensation de l'air à travers les différentes profondeurs de plans. J'ai envie d’une plongée en gros plan sur la matérialité de la terre, les rides en croûte de cette sorte de peau. En même temps je ne veux pas remplir toute la surface d'un aplat de matière comme DUBUFFET dans ses Matériologies,1959-60. Je ne veux pas répéter la composition de Souvenir avec deux grandes courbes perceptibles comme des formes corporelles. Alors, au moment de l’exécution, j’ai lancé à bout de bras, le grand arc bleu comme une longue touche de brosse qui part de l'angle supérieur gauche pour arriver où elle peut. Voilà une partie haute que j'impose plate, lisse, sans à-coups, laiteuse (un rien de peinture blanche dans le liant acrylique fait merveille). Voilà une partie basse lestée de sciure, des sillons qui s'ordonnent et créent une perspective, elles sont plus larges dans ce qui est devenu un premier plan. Je me retrouve en plein dans ce que je ne voulais pas, un paysage. Je refuse… heureusement, j'aperçois la cavalerie qui arrive à mon secours… un clin d’œil à MALÉVITCH et ses Cavaliers rouges de 1918, à KUROSAWA dans son film Ran, 1985… je ponctue la brutalité de la ligne bleue brossée par de fines touches de rouges et du blanc… Odile MARY |