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Danielle AVEZARDSans titre,1995 Huile, acrylique et papiers collés sur toile de 2 x 2 m. Après deux chats très réalistes et un portrait pop stylisé d’après une photographie, la présentation à Ully-Saint Georges de cette œuvre de Danielle AVEZARD dans la vitrine de Monsieur MAUGEIN peut surprendre. Il s’agit tout autant d’un tableau. Souvent cité, le peintre Maurice DENIS écrivait dans un article de la revue Art et Critique du 30 août 1890 : « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Voici donc une surface de 4 m2 recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées par le plaisir de l’auteure pour celui de l’amateur. La peinture est souvent* une affaire de collage. Que l’on encolle des pigments de couleur, par exemple avec de l’œuf, de l’huile, de la colle de peau, un liant acrylique… avant de les appliquer sur un support avec un outil ou que l’on utilise des surfaces déjà colorées pour les coller sur un support avec une colle appropriée, on colle de la couleur sur un support. (*On peut aussi peindre avec de la lumière ou toute autre manière d’assembler des couleurs). Pour Danielle AVEZARD le papier est une sérieuse gourmandise. Qu’il soit rare comme celui qui quadrille l’ensemble de la toile (il a été fabriqué en y intégrant du crin de cheval), vieilli comme la page manuscrite (d’un grand carnet de suivi de travaux de la RATP), imprimé, chiffonné et teint ou peint avant d’être découpé puis repeint, Danielle tire des trésors de ses collections impressionnantes. Le collage aussi lui est familier avec des initiateurs comme PICASSO ou MATISSE. Elle y recourt dans beaucoup de ses nombreuses productions. Entre les petits collages cubistes du début ou les nus bleus du milieu du XXe siècle, elle souhaitait pour cette œuvre un « grand » collage. La photographie d’un palais italien endommagée par la découpe argumente ici un clin d’œil aux grandes crues de 1966, Venise et surtout Florence dévastée. Deux fragments d’une reproduction d’Udnie, 1913, une œuvre de Francis PICABIA, ajoutent à l’idée de dévastation des collections d’un musée par les eaux dont le bleu renforce la présence. Quelques indices dans le jeu des formes tissent le scénario visuel. L’ordre des éléments devient désordre de fragments qui donnent l’impression de flotter sur la trame rigoureuse des grands carrés auxquels les subtilités du collage nous donnent la sensation qu’eux-mêmes sont mouillés. Après le marouflage des grands carrés du fond, Danielle AVEZARD a travaillé sur la toile posée à plat à l’horizontale. Elle y a superposé ses documents et les a déplacés en les faisant glisser les uns sous les autres jusqu’à trouver un assemblage qui la satisfasse et qu’il lui a fallu « apprendre par cœur » avant de le fixer par le collage. Des repeints renforcent l’effet de superposition : ainsi avec un angle d’un gris approprié, la plus grande forme noire semble engagée sous une surface translucide comme un papier calque, les modulations dans les bleus créent des illusions de profondeur. La diversité invite le spectateur à plusieurs niveaux de lecture. Séduit par le grand bleu il découvre quantité d’autres saveurs en s’approchant avant de repartir en souriant de la somptuosité de ce désastre de formes simples tellement bien dérangées. D. MARY |